11 poèmes
sans la moindre substance

une
clope ?
nope
je fume
l’air pur
et les faux potes
qui mégotent

aucun alcool ne me coule dans le corps
je picole les sourires de mes gosses qui rigolent

jamais d’
fumette
l’arête
de tes
sourcils
est ma
barrette
de shit

pas de plantes dans les bronches
je suis d’une nature à planer naturellement
dans ma tronche

zéro drogue
psychotrope
mes neurones
ont leurs propres transports
vers une île aux tropiques

ni coco
ni bédo
ni bibine
que dodo
avec mon
héroïne

même
sans came
j’ai l’âme
soul

pas d’eau-de-vie
après la mort
ou le coma éthylique

rien
de surprenant
dans les stupéfiants
ni rien de spirituel
dans les spiritueux
qui te tuent
eux

pas mort philo
pas trop ivre penseur
pas tout à fait défoncé en pensée
pas vraiment camé à l’eau de mer
pas encore trop accro aux rocs
pas toujours bourré aux rayons du jour
pas franchement déchiré aux fumets des forêts
pas totalement accoutumé aux coups de veine
et pas tellement dépendant des grands vents
mais quand même un peu tout ça en même temps

plus la moindre addiction
mais je reprendrais bien
un dernier
p’tit poème
tiens

conte personnel

 

un appareil cérébral inconnu
essaie de s’identifier à votre conte personnel
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votre identité
n’est pas assez reconnue par
les usagers de cette planète

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n’a pas assez
de caractère

j’ai oublié
qui j’étais

une nouvelle personnalité
va vous être envoyée
sur votre conte personnel

puisque je vous dis que je ne parviens pas
à me connecter à mon conte personnel

veuillez nous excuser
par mesure de sécurité
nous vous avons déconnecté

de vous
-même

– Bon, tu veux que je t’aide à manger, choupette ?
– Papa, peux me t’aider ? Oui ? T’aide moi manger, euplaît !
– Tiens, voilà, une cuillère pour choupette…
– Papa, peux prender ma choupette, euplaît ? Oui?
– Mais non mais la choupette, c’est toi ! Ça, c’est une fourchette !
– Non ! Papa, est pas choupette ça ! Est choupette !
« Chou-pette », dis. Pompris ?

 

(la cuisine linguistique avec une choupette)

Vœux du fakir

 

qu’une pluie d’innombrables malheurs
s’abatte sur vous
et vous aide à goûter pleinement
de rares instants de bonheur

réveillez-vous de votre gueule de bois
à l’instar de « Jesus »
vous n’avez plus de prépuce

pleurez, riez, oubliez
voyez combien la vie est belle
apprenez à dompter la magie du fakir
à vivre en harmonie avec le monde
en sortant vos poubelles au moment adéquat
à faire pousser le blé
en charmant les serpents à sonnette
à être heureux avec des pointes de fer
enfoncées dans le cul
et tout un tas d’autres merveilles

que diriez-vous de vous envoyer en l’air ?
d’avoir la consistance d’un nuage ?
de devenir yogi, ou mage ?
et de brûler au cœur de l’atmosphère ?

MES MEILLEURS VŒUX A TOUS
apprêtez-vous, Mesdames, Messieurs, à vivre
une année remarquabl-
ement semblable à la précédente

 

***

 

extrait de Documentaire humain, mgv2>publishing, 2015

blin

voici l’histoire d’un drôle de mot
qui n’exista qu’un an ou deux
dans la bouche d’une ou deux personnes…

 

quand il a commencé à parler
mon fils avait tendance à mélanger les sons
et comme
je lui disais souvent
« donne la main »
un jour
il s’est mis
à répéter
« ma lain »
« ma lain »
en tendant
la main
puis au fil du temps
c’est devenu
« lain »
et puis tout simplement
comme il a dû
confondre ce mot
avec
« viens »
qui est un peu compliqué à prononcer
à cause des deux sons « v » et « y » mis côte à côte
et qu’à ce moment
il avait du mal avec tous les mots à double consonne
à l’exception du mot
« bleu »
qu’il répétait tout le temps
parce qu’il adorait cette couleur
eh bien
il s’est fait une espèce de mix
entre « bleu »
« lain »
et « viens »
qui a donné

« blin »

et c’est ainsi qu’est né ce terme étrange
que mon fils a continué à répéter longtemps
jusqu’à un temps où il parlait d’ailleurs très bien
et dont j’entends encore parfois le souvenir :

« blin papa »
« blin »
« blin »

(bien étrangement
j’ai très peu insisté pour le corriger)

La vraie couleur des choses

d’un soleil paumé dans
l’univers en suivant
le tracé des étoiles
un photon percute un
petit grain de poussière
brillant dans un rayon
à la fenêtre et va
rebondir dans un oeil

 

Quelques nouvelles de Quelques microsecondes sur Terre, sorti aux éditions Gros textes, en 2015 :

– on peut maintenant le commander en ligne sur le site de l’éditeur, deux trois clics et c’est dans la poche, on n’arrête pas le progrès ;

– il y a aussi un article génial dessus sur le blog de l’éditeur, mais bon c’est quand même normal qu’il soit sympa vu que c’est l’éditeur, il va pas non plus cracher dessus ;

une version américaine traduite par Pauline Levy Valensi vient d’en être publiée aux éditions World poetry books, et ça, je suis forcé d’admettre que c’est dix mille fois plus que je ne pouvais en espérer pour ce petit bouquin !