Voilà, mon recueil poésie assistance 24H/24 est sorti aux éditions La Boucherie Littéraire depuis quelques semaines…

J’ai reçu mes exemplaires auteur et j’ai bien pris le temps d’en feuilleter un. Je suis complètement comblé par le résultat. A part peut-être à la page 52, où la queue d’une virgule part un peu de travers. Je plaisante bien sûr…

Je remercie très sincèrement Antoine Gallardo pour son travail sur le livre en tant qu’objet, pour l’impressionnant travail de diffusion qu’il mène auprès des livres de ses collections, et également pour le travail critique que nous avons mené ensemble sur le texte pour l’améliorer. Des réflexions très intéressantes, où j’espère ne pas avoir été trop pénible à chipoter sur la valeur d’un point de suspension manquant..

Merci d’avoir permis à ce recueil de sauver au moins la nuit d’une personne.

Dans quinze jours, sortie des Forêts de couleuvres de Laure Anders et de mon prochain livre, poésie assistance 24h/24. Ils seront disponibles en librairie et on peut déjà les y précommander. Qu’on se le dise !

 

       Je suis plus que fier de vous présenter la couverture de mon nouveau livre, qui paraîtra en septembre. On peut dès à présent le commander en librairie. Un merci infini aux éditions La Boucherie Littéraire pour leur travail remarquable !

 

 

« Quand on se retrouve à faire défiler sa propre vie sur son fil d’actus, quand la voix du GPS ne parvient plus à guider notre âme perdue, quand la nature nous semble bien moins belle que le dernier jeu vidéo, ou quand l’horreur de la guerre saute sur le canapé, par un lien qu’on n’aurait pas dû ouvrir, le service d’aide Poésie assistance 24h/24, disponible en tous temps, en tous lieux, est là pour redonner confiance en la réalité à ceux qui croient encore que cela puisse changer quelque-chose. »

11 bonnes raisons de se taper dessus
chez l’espèce la plus évoluée de ce système solaire

coucou
caché

des visages
sous des voiles
des visages
visibles

des poils crâniens sous des chiffons
ou des crinières au vent

des corps humains trop proches
pour autre chose que la procréation
des corps humains trop semblables
pour s’assembler

des corps
humains
trop nus
trop nous
trop vains
trop humains

toute
ta haine
de nous
m’aime

mélanine
carotène
hémoglobine
ou différentes
pigmentations
de l’épiderme

couleurs sur un drapeau
symboles sur un morceau de toile
formes qui flottent dans l’atmosphère

un personnage mi homme mi rêve
insidieux dans la tête des premiers schizophrènes
nous offrant bien avant la naissance de l’ibuprofène
de détrôner la sphère
du réel

lignes invisibles
qui s’effacent dans le sable
disparaissent dans les prés
meurent dans l’air
fuient les fleuves
croulent aux crêtes
s’annihilent
dans la nuit

fureur
de notre
propre
fin

quart de rondeau
découpé à la tronçonneuse

 

ce que me lègue un petit arbre
après son barbare abattage :
– une vingtaine de bûchettes
– un tas de feuilles
et de branches broyées
– trois piqûres de guêpes
– un parasol pété
par la vengeance
du vent

partir

 


partir
on ne
part pas en
toute relativité hein
par tes pensées se lèvent tes pas
sous tes pas roule la Terre
autour de toute la Terre se met à tourner le Soleil
derrière le ciel tournoie toute notre Voie Lactée
avec la Voie Lactée s’entourbillonne tout l’Univers
et c’est tout l’Univers qui se métamorphose autour de toi
dans un mécanisme complexe d’engrenages invisibles
où ta pensée fut le ressort de cette immense horloge universelle
– du moins selon un point de vue parmi d’autres…
écoute le tic-tac de ton cœur qui bat
essaie un peu
de te quitter la tête
de déplacer l’aiguille
d’un de tes pas
pense à ce que tu peux
accomplir sans agir
partir on
ne part pas
mais

12 gestes barrières
à garder bien après le confinement

n’approchez pas
la haine d’autrui
à moins d’un mètre

ne serrez ni la main
de ceux que rien ne touche
ni de ceux qui se croient intouchables

ne faites jamais la bise
à qui n’embrasse la joie de vivre
qu’avec le bout des lèvres

ne bavez pas
sur ce que vous
n’avez pas

ne crachez pas sur tout
quand vous avez la chance
d’exister au milieu du vide

éternuez dans votre coude
lorsque vous entendez déblatérer
sur un dieu éternel

ne vous touchez pas le visage
avant d’avoir désinfecté votre âme
au gel hydroalcoolique

lavez-vous les mains
de l’injustice du monde
toutes les dix secondes

portez un masque
pour ne pas montrer que
cette vie vous rend malade

ne prenez pas de gants
avec les gangs
des grands

enfoncez-vous chaque soir
le thermomètre de la croissance
dans l’océan

ne faites l’amour
qu’avec qui vous
partagez tout

dix stances
à Sion, au ciel…

 

n’ayez crainte
ce poème
ne vous touchera pas
avec tous ses pieds
pleins de vers
il lui faudra prendre des gants
pour saluer le bonheur d’être seul
sans qu’on tourne la page
où il s’est confiné
il ne vous parlera ni de prés
qui germent pendant la trêve humaine
ni de ses fleurs de peau
qui vous embrassent – mais de loin
de peur de vous transmettre
une infime parcelle de sa poésie

chant du vent

 

il y a deux mois
confiné depuis plusieurs semaines
à cause d’un cancer des poumons
mourut mon père

c’était
un soir de
fin-janvier
dans un
hôpital
à Lyon

j’eus
l’impression
que le monde entier
cessait de fonctionner

que je me retrouvais
sur une planète
complètement
vide

 

j’ai garé ma Clio sous l’immense tête de mort
de la Demeure du Chaos – à Saint-Romain-au-Mont-d’or
et dormi chez mon oncle

 

ma tête

ruinée

n’a plus produit

une seule ligne

depuis ce moment

 

et aujourd’hui
deux mois
plus tard
quand je voudrais enfin sortir
de mon isolement

voici que de plus en plus de personnes

souffrent d’une infection respiratoire

que toute la Terre métastasée s’enferme à double-tour
et laisse le vent hanter les rues désertes

putain
le monde
s’arrête
vraiment ?!

Papa !

reviens !