chant du vent

 

il y a deux mois
confiné depuis plusieurs semaines
à cause d’un cancer des poumons
mourut mon père

c’était
un soir de
fin-janvier
dans un
hôpital
à Lyon

j’eus
l’impression
que le monde entier
cessait de fonctionner

que je me retrouvais
sur une planète
complètement
vide

 

j’ai garé ma Clio sous l’immense tête de mort
de la Demeure du Chaos – à Saint-Romain-au-Mont-d’or
et dormi chez mon oncle

 

ma tête

ruinée

n’a plus produit

une seule ligne

depuis ce moment

 

et aujourd’hui
deux mois
plus tard
quand je voudrais enfin sortir
de mon isolement

voici que de plus en plus de personnes

souffrent d’une infection respiratoire

que toute la Terre métastasée s’enferme à double-tour
et laisse le vent hanter les rues désertes

putain
le monde
s’arrête
vraiment ?!

Papa !

reviens !

Reçu aujourd’hui quelques exemplaires de la traduction américaine par Pauline Levy Valensi de Quelques microsecondes sur Terre chez World Poetry Books… Ça me fait quelque-chose… Merci…

Un petit ajout de la traductrice me fait découvrir que l’abréviation de « microsecondes » ressemble à « us »… Ou à « U.S. » ?

Le livre était initialement paru chez Gros Textes en 2015.

11 poèmes
sans la moindre substance

une
clope ?
nope
je fume
l’air pur
et les faux potes
qui mégotent

aucun alcool ne me coule dans le corps
je picole les sourires de mes gosses qui rigolent

jamais d’
fumette
l’arête
de tes
sourcils
est ma
barrette
de shit

pas de plantes dans les bronches
je suis d’une nature à planer naturellement
dans ma tronche

zéro drogue
psychotrope
mes neurones
ont leurs propres transports
vers une île aux tropiques

ni coco
ni bédo
ni bibine
que dodo
avec mon
héroïne

même
sans came
j’ai l’âme
soul

pas d’eau-de-vie
après la mort
ou le coma éthylique

rien
de surprenant
dans les stupéfiants
ni rien de spirituel
dans les spiritueux
qui te tuent
eux

pas mort philo
pas trop ivre penseur
pas tout à fait défoncé en pensée
pas vraiment camé à l’eau de mer
pas encore trop accro aux rocs
pas toujours bourré aux rayons du jour
pas franchement déchiré aux fumets des forêts
pas totalement accoutumé aux coups de veine
et pas tellement dépendant des grands vents
mais quand même un peu tout ça en même temps

plus la moindre addiction
mais je reprendrais bien
un dernier
p’tit poème
tiens

conte personnel

 

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de vous
-même

– Bon, tu veux que je t’aide à manger, choupette ?
– Papa, peux me t’aider ? Oui ? T’aide moi manger, euplaît !
– Tiens, voilà, une cuillère pour choupette…
– Papa, peux prender ma choupette, euplaît ? Oui?
– Mais non mais la choupette, c’est toi ! Ça, c’est une fourchette !
– Non ! Papa, est pas choupette ça ! Est choupette !
« Chou-pette », dis. Pompris ?

 

(la cuisine linguistique avec une choupette)