masque universel
en polypropylène

« comme ça je suis le masque »
Fernando Pessoa

je suis
le masque
au visage
en plastique
effacé

qui rêve
souvent
de prises de mains
de bisous – de câlins

mais qui reste
à distance
des humains

afin de ne pas contracter
le virus de leur connerie

et souris sous les fibres…

poème libre en vers courts

poème libre
en vers
courts

montre ses longues
pages blanches

te fait un peu
tourner les sens

imaginer
dessous
sous-entendus
imaginaires

ou pas…

poème libre
de porter
les text(il)es
qui lui plaisent.

les 7 non-strophes
du non-prophète
(ou 7 péchés aux conséquences pieuses)

 


par orgueil
les humains n’acceptent pas
de n’être qu’une grosse machine organique
qui s’éteint simplement
lorsqu’elle ne fonctionne plus
alors ils se sont imaginé
une âme

par gourmandise
comme ils ne peuvent se rassasier
du fait que leur conscience cesse d’exister après leur mort
ils ont même ajouté l’idée de leur âme immortelle

par avarice
ne pouvant concevoir
que leur existence
n’ait aucune signification
aucune valeur dans l’absolu
ils se sont dessiné un destin
accaparé des réincarnations
ou cherché un karma

par colère
contre l’idée
d’un monde
né du hasard
ils ont créé l’idée
d’un Créateur

par soif d’amour et de luxure
pour se sentir aimés et importants, vus, entendus
pour se sentir vibrer à l’intérieur de l’Univers
ils se sont persuadés que ce même Dieu
observait chacun d’eux avec grande attention
écoutait patiemment leurs prières
en avait quelque chose
à foutre
d’eux

par envie
de voir régner une vraie Justice sur Terre
ils ont imaginé un Paradis et un Enfer
pour punir les méchants et bénir les gentils
dans leur joli petit monde féerique

par paresse
intellectuelle
ils laissent
proliférer ces inepties
dans leurs esprits
depuis des siècles

 

Voilà, mon recueil poésie assistance 24H/24 est sorti aux éditions La Boucherie Littéraire depuis quelques semaines…

J’ai reçu mes exemplaires auteur et j’ai bien pris le temps d’en feuilleter un. Je suis complètement comblé par le résultat. A part peut-être à la page 52, où la queue d’une virgule part un peu de travers. Je plaisante bien sûr…

Je remercie très sincèrement Antoine Gallardo pour son travail sur le livre en tant qu’objet, pour l’impressionnant travail de diffusion qu’il mène auprès des livres de ses collections, et également pour le travail critique que nous avons mené ensemble sur le texte pour l’améliorer. Des réflexions très intéressantes, où j’espère ne pas avoir été trop pénible à chipoter sur la valeur d’un point de suspension manquant..

Merci d’avoir permis à ce recueil de sauver au moins la nuit d’une personne.

Dans quinze jours, sortie des Forêts de couleuvres de Laure Anders et de mon prochain livre, poésie assistance 24h/24. Ils seront disponibles en librairie et on peut déjà les y précommander. Qu’on se le dise !

 

       Je suis plus que fier de vous présenter la couverture de mon nouveau livre, qui paraîtra en septembre. On peut dès à présent le commander en librairie. Un merci infini aux éditions La Boucherie Littéraire pour leur travail remarquable !

 

 

« Quand on se retrouve à faire défiler sa propre vie sur son fil d’actus, quand la voix du GPS ne parvient plus à guider notre âme perdue, quand la nature nous semble bien moins belle que le dernier jeu vidéo, ou quand l’horreur de la guerre saute sur le canapé, par un lien qu’on n’aurait pas dû ouvrir, le service d’aide Poésie assistance 24h/24, disponible en tous temps, en tous lieux, est là pour redonner confiance en la réalité à ceux qui croient encore que cela puisse changer quelque-chose. »

11 bonnes raisons de se taper dessus
chez l’espèce la plus évoluée de ce système solaire

coucou
caché

des visages
sous des voiles
des visages
visibles

des poils crâniens sous des chiffons
ou des crinières au vent

des corps humains trop proches
pour autre chose que la procréation
des corps humains trop semblables
pour s’assembler

des corps
humains
trop nus
trop nous
trop vains
trop humains

toute
ta haine
de nous
m’aime

mélanine
carotène
hémoglobine
ou différentes
pigmentations
de l’épiderme

couleurs sur un drapeau
symboles sur un morceau de toile
formes qui flottent dans l’atmosphère

un personnage mi homme mi rêve
insidieux dans la tête des premiers schizophrènes
nous offrant bien avant la naissance de l’ibuprofène
de détrôner la sphère
du réel

lignes invisibles
qui s’effacent dans le sable
disparaissent dans les prés
meurent dans l’air
fuient les fleuves
croulent aux crêtes
s’annihilent
dans la nuit

fureur
de notre
propre
fin

quart de rondeau
découpé à la tronçonneuse

 

ce que me lègue un petit arbre
après son barbare abattage :
– une vingtaine de bûchettes
– un tas de feuilles
et de branches broyées
– trois piqûres de guêpes
– un parasol pété
par la vengeance
du vent

partir

 


partir
on ne
part pas en
toute relativité hein
par tes pensées se lèvent tes pas
sous tes pas roule la Terre
autour de toute la Terre se met à tourner le Soleil
derrière le ciel tournoie toute notre Voie Lactée
avec la Voie Lactée s’entourbillonne tout l’Univers
et c’est tout l’Univers qui se métamorphose autour de toi
dans un mécanisme complexe d’engrenages invisibles
où ta pensée fut le ressort de cette immense horloge universelle
– du moins selon un point de vue parmi d’autres…
écoute le tic-tac de ton cœur qui bat
essaie un peu
de te quitter la tête
de déplacer l’aiguille
d’un de tes pas
pense à ce que tu peux
accomplir sans agir
partir on
ne part pas
mais

12 gestes barrières
à garder bien après le confinement

n’approchez pas
la haine d’autrui
à moins d’un mètre

ne serrez ni la main
de ceux que rien ne touche
ni de ceux qui se croient intouchables

ne faites jamais la bise
à qui n’embrasse la joie de vivre
qu’avec le bout des lèvres

ne bavez pas
sur ce que vous
n’avez pas

ne crachez pas sur tout
quand vous avez la chance
d’exister au milieu du vide

éternuez dans votre coude
lorsque vous entendez déblatérer
sur un dieu éternel

ne vous touchez pas le visage
avant d’avoir désinfecté votre âme
au gel hydroalcoolique

lavez-vous les mains
de l’injustice du monde
toutes les dix secondes

portez un masque
pour ne pas montrer que
cette vie vous rend malade

ne prenez pas de gants
avec les gangs
des grands

enfoncez-vous chaque soir
le thermomètre de la croissance
dans l’océan

ne faites l’amour
qu’avec qui vous
partagez tout