en fait
les oiseaux
ont l’air
de voler
mais leurs plumes
sont des palmes
ils pataugent
de façon pathétique
dans le fluide éthéré
les petits poissons planent
sous la flotte
sans effort
et toi tu stagnes
à la surface
de la
Terre

(théorie des complaintes
couplet XXIV)

image : Shuichi Nakano – Searching for Paradise

 

 

 

 


en fait
c’est nous
les Indiens
bercés par les saisons
bernés par la verroterie
de la beauté des mondes
accoutumés à l’ivresse
de nos petits bonheurs du quotidien
et de nos grandes tragédies individuelles
ce n’est rien d’autre que nous les Indiens
nous qui dansons au pied des totems de nos propres corps
tout tatoués de peintures de guerre jusqu’à l’artère aorte
en hurlant sous le ciel indigo c’est bien nous les Indiens
indéniablement et les pléiades de minuscules plumes d’or
qui nous criblent les yeux de rayons de lumière
ou le scalp de substances capiteuses
en se faisant passer pour nos amies
c’est les pépites
des plus odieux
cowboys

(théorie des complaintes
couplet XXIII)

photo : Yup’ik masks


en
fait
les longues
traines
blanches
dans les
nuages
c’est peut-être
une trame
créée par
une mouette
perdue
pour
montrer
la nature
volatile
des frontières
dans
le ciel

(théorie des complaintes
couplet XXII)

source photo : ici.


en fait
toutes les nuances
de vert lumineuses
du printemps
ne sont qu’une ruse
naturelle de chaque feuille
pour détourner notre attention
de toutes les autres couleurs
qu’elle emprisonne
cruellement dans ses cellules

(théorie des complaintes
couplet XXI)

image : Antonio Mora


en faîte
les arbres ne poussent pas
dans le même sens que nous
ils ont d’immenses racines
de longs rhizomes
qui montent si haut
sous le sol
pour capter les rayons
des ténèbres
pendant
que leurs
grandes branches descendent dans l’air
s’enfoncent
dans la lumière
et viennent nous boire
tout
notre
jour

(théorie des complaintes
couplet XX)

 

image : source ici

 


en fait
la gravité n’existe pas
c’est un coup monté
d’en haut et d’en bas
pour que l’on pense
être debout
quand on pend
par le bout des
pieds
dans
le ciel

(théorie des complaintes
couplet XIX)

photo : Philippe Ramette


entea bird
fait
le chant
des oiseaux
d’un champ
boisé est juste
une petite ruse
de toutes les jolies
choses vivantes
pour s’opposer
au néant
avec
poésie

(théorie des complaintes
couplet XVIII)

collage : auteur inconnu


en fait
l’idéal de
travailler dur
pour réussir
est un complot
pour nous faire
rater le bonheur
de se la couler
douce

(théorie des complaintes
couplet XVII)

collage : Mikhail Siskoff – “To the Sea”


en fait
les vagues
aux vains
mouvements de va-et-vient
sont juste une vaste blague
pour qu’on sache surtout pas
que rien ne bouge
ni sur la plage
ni vers le large
là où des masses d’eau stagnent
là où les larmes de flotte
ne vont nulle-part
là où nos vagues vies
vibrent
côte à côte

(théorie des complaintes
couplet XVI)

collage : source inconnue


en fait
tout air
est plein
de sons
tout sang
raconte
son chant
et toute chanson
est une complainte
qui coule des veines
du vent

(théorie des complaintes
couplet XV)

collage : DMT Elf